4 Avril-56- Je totalise à ce jour un peu plus de 20h de F84F. Ce matin, je suis prévu pour une mission à 2 avions : virages relatifs, passes de tir, poursuite et perçée avec l'approche. Je serai en n° 2. Météo: 1ère couche nuageuse 6/8 vers 1500ms, plusieurs couches feuil-letées jusqu'à 6000m et tout celà ,vu de 7000m donne un beau 8/8. En fin de mission, nous n'avons pas de contact radar avec l'approche ( à cette époque...) . Le contrôle carburant fait frémir: lumière rouge allumée pour un très bas niveau de carburant. Le leader me demande :"vous connaissez la procédure d'éjection ? " Bien sûr ! Je répond par l'affirmative. Il me dit "alors préparez-vous". J'enlève la goupille de sécurité du siège éjectable et, en même temps, je jette un coup d'oeil rapide à l'extérieur. Que vois-je ? L'espace de quelques secondes, les différentes couches nuageuses m'ont offert un alignement de trous avec , tout en bas, miracle!, une piste bétonnée. Avec le défilement , plus de trou. Je dis au leader "suivez-moi, il y a une piste en-dessous". Et nous réalisons une éblouissante perçée "japonaise" à travers toutes ces couches nuageuses. Vers 1500m, nous sommes en-dessous, avec une bonne visi. Quant au pétrole restant, je n'ose y penser. Peu importe le vent, on se pose le plus rapidement possible. Ouf ! Et nous nous sommes posés à Rocroi, près de la frontière belge ! sur un terrain de dégagement de l'OTAN. Sur le parking, dans la conversation qui suivit, j'ai cru entendre " je vous dois bien une bouteille de champagne" ; mais hélas...j'ai dû rêver... 
